Le Pont du diable

Un petit village isolé de campagne devait son existence à ses barques et ses radeaux. Il était en effet placé entre une grosse rivière et une épaisse forêt. La comtesse qui en avait assez de devoir emprunter une embarcation qui menaçait à chaque fois de chavirer pour la traversée de la rivière appela son architecte et lui dit :

 

 _ Construit moi un pont, je veux qu’il soit près au printemps prochain.

 

Personne n’avait jamais discuté les ordres de la comtesse et il s’exécuta. Il dessina les plans d’un pont qui comportait cinq arches, tout juste pour faire tenir le pont. Une première arche fut construite, une deuxième, et alors que noël se fêtait, une troisième. Le chef du chantier vint trouver l’architecte, lui parlant d’un problème de taille :

 

 _ Là ou nous devions poser le quatrième pilier, nous avons trouvé un trou d’eau si profond que de construire les fondations seraient travail impossible. L’architecte alla voir et dut se rendre à l’évidence. Il refit ses plans maintes et maintes fois, mais rien à faire, à cette époque, construire une arche deux fois plus grandes que les autres était impossible par-dessus des eaux si tumultueuses.

 

L’architecte, redoutait que la comtesse d’énerve et au pire le bannisse. Mais un soir, le diable surgit dans sa chambre, les oreilles pointues, petite barbichette  et tout de rouge vêtu.

 

_ Je suis Satan le maître de l’enfer, s’annonça t il.

 

Et lui proposa ensuite le marché suivant :

 

_ Je vais t’aider à terminer ton ouvrage, mais à une seule condition. L’âme du premier traversant le pont sera  à moi et me suivra en Enfer.

 

L’architecte n’hésita pas et signa ce terrible pacte. Les jours suivants furent d’une sécheresse si exceptionnelle que l’eau ne coula plus dans la rivière et l’on put voir enfin le trou qui empêchait les ouvriers de terminer le pont.

Les massons installèrent des échafaudages dans le trou et purent construire sans grande difficulté enfin la dernière arche, car le printemps arrivait.

 

La comtesse heureuse de la nouvelle décida qu’elle serait la première à le traverser. Alors, l’architecte se rappela avec effroi du pacte qu’il avait signé avec le diable. Mais sa grande imagination d’architecte lui souffla cette ruse : au moment où la comtesse allait s’engager sur le pont, il lâcha un chien devant elle. Le diable qui guettait son « passant » ne put que ravaler la colère de sa défaite. Il retourna bredouille en Enfer.

 

Mais l’architecte raconta son pacte à son voisin, le voisin au sien et puis la rumeur devient si forte que tous les habitants nommèrent le pont « pont du diable »…

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